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Je suis né en Tunisie au sein d'une
famille juive séfarade. Les Juifs de Tunisie ont eu à
subir les pressions de l'église officielle d'une part et
d'un islam conquérant d'autre part. Malheureusement, beaucoup
de Juifs se sont vus obligés de se convertir à l'Islam
et sont encore musulmans aujourd'hui. D'autres ont préféré
la mort au reniement. D'autres encore ont pu survivre et prospérer
en tant que juifs au milieu de l'adversité.
Ma famille descend de ces
survivants qui ont su, contre vents et marées, rester fidèles
à la religion de leurs ancêtres. Mes deux grands-pères
étaient des rabbins érudits, désireux de transmettre
leur soif d'apprendre aux générations suivantes. Cependant,
mon père ne devint pas rabbin : il tenait son propre commerce
et son remarquable talent lui assurait un bon revenu, tandis que
ma mère, elle, devint juriste et fut une des très
rares femmes de son époque à réaliser une telle
prouesse.
Lors de la période de l'instabilité politique des
années 1940-1950, mes parents vinrent s'établir à
Paris et commencèrent une vie nouvelle avec ma sur
et moi-même. Les débuts dans la capitale française
furent difficiles. Nous habitions dans un appartement de deux pièces
sans confort. Mes journées étaient partagées
entre l'école du quartier et l'école hébraïque.
Les juifs Nord-Africains qui formaient une communauté prospère
se languissaient à la fois du passé et de l'avenir
: pris entre deux mondes, ils créèrent le leur. Leur
musique, leur langage, leur nourriture et leurs manières
n'étaient que réminiscences du passé. Quand
j'eus 11 ans, ma famille déménagea en banlieue.
Pour la première fois
de notre vie, nous n'étions plus parmi des gens qui parlaient,
s'habillaient et cuisinaient comme nous. Nous étions confrontés
aux Goyim et cernés par eux. C'est alors que je commençai
à me demander qui j'étais vraiment. C'est ainsi qu'à
15 ans, contre la volonté de mes parents, je partis en auto-stop
dans le sud de la France. Puis, l'année suivante je signais
pour un séjour de 2 mois en Israël avec Hashomer Hatsaïr
- une organisation juive de tendance communiste qui contribuait
à la fondation de Kibboutz en Israël.
Ce fut une expérience incroyable. Je découvris une
autre aspect de la vie et de la culture juive. Des gens affirmaient
leur judéité autrement que par la prière et
leur présence à la synagogue. Comment pourrais-je
vivre désormais comme si notre manière de vivre à
la maison était la seule façon d'exprimer notre
héritage ?
Qui étais-je réellement
? Un juif, de naissance tunisienne et d'éducation française
cherchant son identité. Devais-je accepter la culture de
mes parents comme le seul havre de sécurité ou devais-je
m'intégrer dans la culture française comme de nombreux
Juifs, et devenir simplement un juif de nom ? Après réflexion,
il me sembla que c'était probablement Israël le meilleur
endroit pour découvrir ce que signifie être juif.
La guerre de Yom Kippour venait de commence lorsque je partis, avec
une poignée d'autres jeunes Juifs français, pour une
période de 6 mois en Israël. Dans le Kibboutz où
nous emménageâmes il y avait des jeunes gens venus
des Etats-Unis, d'Afrique du Sud, du Canada, de la Suède,
de la Russie, de l'Australie et d'Argentine. Les premières
semaines, nous parlions plus avec les mains qu'autrement (nous français
étions particulièrement doués pour cela!).
C'est là que commence réellement mon histoire !
Alors que nous mangions dans la salle commune, je ne pus m'empêcher
de remarquer une jeune fille qui, avant chaque repas, fixait son
assiette un petit moment avant de manger. Dans un premier temps,
je pensai qu'il y avait quelque chose d'anormal avec la nourriture.
Finalement, je résolus de le lui demander : il fallait que
je sache pourquoi ! Judy m'expliqua qu'il n'y avait absolument rien
d'anormal avec la nourriture. Non, en fait, ce que je considérais
comme un regard fixe était un simple recueillement pour rendre
grâce à Dieu pour cette nourriture. Mais qu'est-ce
que cela voulait dire ? J'étais dans un kibboutz laïc
au milieu de Juifs laïcs venus du monde entier et cette fille
priait avant de manger !
Son histoire était pourtant simple : elle était chrétienne
et venait juste de terminer l'école biblique au Canada. Avec
trois amis, elle faisait un séjour en Israël pour découvrir
le pays qu'ils avaient étudié pendant les trois années
précédentes. La guerre ne leur avait pas permis de
voyager ensemble et ils avaient été placés
dans des kibboutz différents. Ainsi, elle était là,
parmi tous ces Juifs, conservant malgré tout quelques rituels
simples provenant de sa foi. Je la questionnai sur son système
de croyances, mais il devint vite évident que nous ne parlions
pas le même langage. Tandis qu'elle essayait de m'expliquer
certaines choses en se basant sur la Bible, je ne pouvais me référer
qu'au Talmud. Finalement, elle me conseilla de m'acheter une Bible,
de préférence en français pour que je comprenne,
et de commencer à la lire.
Bien décidé
à ne pas perdre la face, je pris le car pour Haïfa et
me mis en quête d'une Bible en français, complète
avec le Nouveau Testament. Pendant le retour vers le kibboutz, je
commençai à feuilleter le livre. Tous les noms et
les passages qu'elle avait mentionnés s'y retrouvaient. Ne
voulant rien en perdre, je commençai par le livre de la Genèse,
chapitre 1, verset 1. Je fus tellement transporté par le
texte que je lisais en français pour la première fois
de ma vie, que j'en manquai presque l'arrêt. Plus je lisais,
plus je me posais des questions. Plus je me posais des questions
et plus j'obtenais des réponses satisfaisantes. Les réponses
me rendaient encore plus avide de lire. J'observai que les Ecritures
parlaient d'Abraham, de Moïse et de David comme étant
en relation avec Dieu par l'intermédiaire d'autres agents
surnaturels. Je fus surpris et même saisi. Ceci provoqua un
déclic : ainsi moi, jeune juif tunisien, étais parfaitement
en mesure de communiquer avec mon Dieu, et même d'avoir une
relation personnelle avec lui. D'autre part, l'image que j'avais
de Jésus, le "Gentil", était déformée.
Je n'avais jamais ouvert le Nouveau Testament. Au fil des pages,
je découvris un professeur bien différent de celui
que m'avaient décrit mes parents et les rabbins. Je vis un
Jésus qui aimait le peuple Juif. Je reconnus en Lui un rabbi
qui disait la vérité. Il parlait dans un contexte
que tout Juif pouvait comprendre, d'une manière qui me frappait.
Je le félicitais à chaque récit des Evangiles.
Il était un héros - le perdant, mais jamais le vaincu.
Je me pris de sympathie pour Lui.
Arrivé à ce
point dans mon étude de la Bible et incapable de réfuter
l'évidence en ce qui concerne Jésus, je déclarai
à Judy que j'étais prêt à devenir croyant
en Jésus le Messie. Sa réponse me stupéfia
: "Whoa ! Pas si vite ! Entre penser qu'on est prêt et
l'être réellement, me prévint-elle il y a un
monde de différence".
Judy voulais que je sois bien sûr de ce que je faisais. Elle
ne voulait pas que je me décide au gré d'une vague
émotion, sur l'expérience d'un instant. Elle devinait
aussi quelle serait la réaction de ma famille juive tunisienne
devant ma foi et savait que je devrais être capable de résister
à la pression.
Avec une vigueur renouvelée, je m'attaquais de nouveau au
texte biblique. Après quelques semaines supplémentaires
passées à lire et à poser des questions, je
déclarai enfin que j'étais persuadé que Jésus
était le Messie et que je me considérais moi-même
comme un de ses disciples. Je n'eus pas besoin de cérémonie
ou de révélation particulière, mais d'une foi
simple - d'avais l'assurance d'appartenir à Celui qui était
mort afin que je puisse avoir la vie éternelle.
Cependant, croire en Jésus
en Israël au début des années 70 n'était
pas facile. Je ne savais vers qui me tourner pour recevoir soutien
et nourriture, par conséquent je décidai de retourner
en France. Mais à Paris mes parents réagirent assez
mal à mon nouvel engagement. Selon eux, je les avais trahis,
j'avais tourné le dos aux espoirs et aux aspirations qu'ils
avaient fondés sur moi. Afin de grandir dans ma foi, il me
fallait un nouveau départ.
Me souvenant que mon guide venait du Canada, je décidai de
prendre ce nouveau départ de là-bas. Sa famille m'accueillit
volontiers et Judy et moi nous sommes mariés en 1976.
J'aurais tant aimé que mes parents soient présents.
Ils ont cessé de me parler après que je sois devenu
disciple de Jésus-Christ. Malgré mes lettres, ils
refusèrent de communiquer avec moi, de quelque façon
que ce soit, pendant 11 ans. Ce n'est que lorsque mes enfants sont
nés qu'ils ont bien voulu renouer le contact, et j'en suis
reconnaissant.
Depuis que j'ai donné
ma vie à Jésus, je n'ai jamais regardé en arrière.
Je suis en train de finir ma thèse d'éthique de l'Ancien
Testament et j'enseigne en Université dans la province d'Ontario.
J'ai voyagé de Tunisie jusqu'à Paris, puis en Israël
et au Canada mais le plus important pour moi est d'être arrivé
à Jésus (Yechoua) en qui j'ai trouvé les réponses
aux questions essentielles de la vie.
William Raccah
Professeur d'université au Canada.
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