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Je suis née
à Tunis dans une famille juive respectueuse des traditions
et dans une famille juive, pas question de parler de Jésus.
D'abord qui était-ce ? Celui qui pendait sur une croix en
or au cou de mes copines de classe ou celui qu'on accrochait au
fond de la classe de l'école de surs que je fréquentais
comme beaucoup de petites filles juives de bonne famille ?
Mon grand-père paternel était
un homme très sage et très pieux qui mettait ses Téfilines*
tous les matins et qui ne manquait aucun des rendez-vous journaliers
avec D
au travers de la lecture des psaumes et des nombreuses
prières à la gloire de l'Eternel. Chaque shabbat,
nous nous réunissions chez mes grands-parents, avec mes cousins
et cousines, en grand nombre, autour de cette table merveilleusement
garnie par ma grand-mère, femme très pieuse également.
Je me souviens aussi de la fête de Pourim*
où nous tapions du pied à la lecture du nom de Haman
dans la Méguila* et là
Oh miracle ! mon grand-père nous demandait de faire
du bruit, beaucoup de bruit
A Pessah* , il achetait un agneau qu'il
nourrissait plusieurs jours avant la fête, jusqu'à
ce que le Shohet* vienne le sacrifier.
J'aimais ce petit animal, je jouais avec lui, le caressais
mais je savais qu'on devait le tuer car c'était D... qui
nous l'avait demandé. Mais qu'est-ce que cela pouvait me
faire à moi, ce que D... avait demandé ou non ! Je
trouvais mon grand-père intraitable quand je le suppliais
de ne pas sacrifier ce petit animal si adorable et attachant.
Aucun enfant ne devait être présent lors du sacrifice.
Et pourtant un jour j'étais là. Je n'ai rien vu mais
j'entendais, puis je n'entendis plus rien. J'ai juste vu mon grand-père
ressortir de la pièce avec une bassine pleine de sang dans
laquelle il trempa sa main, qu'il apposa ensuite sur le montant
de la porte. Je n'oublierai jamais cette scène. Que signifierait-elle
pour moi plus tard ?
Bien des années après, j'ai
eu contact avec des chrétiens qui essayaient de me faire
croire à la " Bonne Parole ". Leur langage m'était
totalement étranger et plus ils essayaient de me convaincre
de leur idéologie et plus ils m'agaçaient. J'avais
l'impression qu'on cherchait à me " récupérer
", à me faire subir " un bourrage de crâne
". J'étais polie, je les laissais parler mais leurs
histoires ne m'intéressaient pas. Je ne comprenais rien,
et je ne voyais rien qui pouvait me concerner. Le langage hébraïque
et le langage chrétien me semblaient tellement éloignés.
En fait, le fond est le même, mais, que la forme est différente
! Ainsi, rien dans leurs propos ne m'attirait. Bien sûr, j'ai
été invitée à droite et à gauche
; on m'a inondée de tracts où l'on parlait de Jésus
le Juif mais dans une " langue " chrétienne qui
faisait deux avec ma " langue maternelle " !
Puis un jour, après le énième tract reçu
et jeté, une amie chrétienne m'a donné une
invitation pour la fête de Hanouka*
organisée par des Juifs croyants en Jésus. Je l'ai
pris poliment, je l'ai jeté à la poubelle et, sans
raison, je l'ai récupéré. Je me suis mise à
lire ce document qui pour la première fois me parlait dans
un langage familier. Je décidai de me rendre à cette
invitation avec toute ma famille. Et à ce moment-là,
j'ai entendu le nom de Yechoua, nom hébreu de Jésus,
qui signifie " Dieu sauve ". Enfin, je sentis qu'on parlait
de l'un des nôtres.
"Yechoua": Ce nom hébreu
a tout changé pour moi. Enfin s'ouvrait devant moi un
chemin superbement éclairé. Ma vie, mon cur,
tout a basculé en ce jour de Hanouka, fête des lumières.
La lumière avait jaillit aussitôt et pourtant, je cherchais
à résister à cette divine révélation
qui relevait d'une culture si différente de la mienne : Yechoua
était bien le fils de D
, le Sauveur que le peuple juif
attendait. Tout se confirmait : les évangiles étaient
comme un transparent que je pouvais poser sur la Bible Hébraïque.
Oui, Yechoua était un bon Juif,
un très grand sage aux enseignements fascinants. Un remarquable
Berger qui appelait le peuple à revenir à D
,
à donner son sens fondamental au terme Téchouva, "
se tourner vers D
" et non, " changer de religion
".
Oui, moi qui n'étais qu'une " Juive des grandes fêtes
", je suis revenue à la Torah et aux commandements que
D
a donnés à son peuple : "Je
ne suis pas venu pour abolir la Torah mais pour l'accomplir"
(Matthieu 5 :17) a dit Yechoua. J'ai simplement "
accepté " ce beau cadeau que D
m'a offert et il
me l'a offert parce qu'il m'aime comme un père aime son enfant.
De plus, je n'ai plus peur de la mort et
je vis dans une certaine sérénité, une espèce
de certitude inviolable et je me sens poussée à donner
aux autres de cette sérénité et de cet amour
dont je déborde. Aujourd'hui, je suis une femme heureuse
et épanouie bien qu'on me taquine parfois gentiment au sujet
de ma foi.
Annie Esther Cohen
mère de 2 filles adultes, vit en Ile de France.
GLOSSAIRE:
Téfilines: phylactères.
Pourim: Fête d'Esther.
Méguila: rouleau.
Pessah: la Pâque juive.
Shohet: rabbin chargé de l'abattage rituel.
Hanouka: Fête de la Dédicace, dite des Lumières.
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