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"Il les fit sortir des ténèbres
et de l'ombre de la mort, Il a brisé les portes d'airain
..." (Psaume 107)
Souvent, des amis
m'interrogent, me demandant avec une certaine violence que je comprends
:
"comment, toi qui es juif, peux-tu admettre que Jésus
soit notre Messie, alors que nous avons tant souffert de la part
de ceux qui se disent ses disciples".
J'aimerais répondre ici à
mes parents et à mes amis.
Aussi loin que je remonte parmi mes ancêtres,
tous sont Juifs. Mes grands-parents sont originaires d'Alsace, de
Lorraine et de Suisse. Avant la terrible époque nazie, il
y avait de nombreux Meyer à Wintzenheim, des Goetschel à
Hagenthal. Mon arrière grand-père fut président
de la communauté de Bâle. D'autres s'appellent Blum,
Rein, Wormser. Entre Saverne et Brumath, se trouve une bourgade
qui se nomme Gougenheim. La plus grande partie des membres de la
branche suisse de notre famille a émigré aux États-Unis.
L'un d'eux a bâti un célèbre musée d'art
moderne à New-York : Salomon Guggenheim.
Je suis né à Paris en 1931,
et j'ai été circoncis le huitième jour. Mon
père était un modeste représentant de crayons
Caran-d'Ache lorsque la guerre éclata. En 1941, nous habitions
Lyon. À l'école, le camarade avec lequel je jouais
m'a envoyé son poing dans la figure en me disant : "tiens,
c'est pour toi, sale juif !" J'ai pensé qu'il avait
dû apprendre à haïr les Juifs dans sa famille
et au catéchisme. Les journaux et la radio étaient
pleins de mépris et de haine à notre égard.
En 1941-1942, un coup de poing n'était
rien comparé aux rafles du Vel-D'Hiv, aux wagons plombés
et aux camps d'extermination. Dans cette civilisation qui se dit
chrétienne, de nombreuses atrocités ont été
commises, et pas seulement contre les Juifs ! Notre mémoire
collective garde le souvenir des "conversions forcées",
des massacres du temps des croisades,des tortures de l'infâme
inquisition. Le fait que ces crimes aient été commis
par des gens disant servir Le Messie d'Israël donne le vertige
! Et plus près de nous, les pogromes de Pologne et de Russie,
puis le génocide qui a fait près de six millions de
victimes dans le silence le plus souvent complice de pays pourtant
couverts de croix et d'églises. Tant de gens se disent "chrétiens"
alors que leurs oeuvres démentent cette affirmation. Cependant,
il y eut de merveilleuses exceptions, mais trop rares !
Le Messie affirme que l'on reconnaîtra
ses disciples à l'amour qu'ils auront les uns pour les autres.
Ils devront aussi rayonner la lumière, la paix, la joie et
l'amour. Voici comment j'ai rencontré d'authentiques disciples
du Messie d'Israël.
À la Chaux de Fonds, dans la maison
où habitait ma grand-mère, vivait une famille de Chrétiens
engagés dans l'Armée du Salut. Mes parents me laissaient
jouer avec leurs enfants. Souvent, je partageais leur repas du soir
et je les entendais remercier Dieu pour la nourriture. Je les observais
attentivement tandis qu'ils priaient et l'enfant que j'étais
fut sensible à la réalité de Dieu à
travers leur attitude empreinte de respect et de joie. À
table, le père lisait un passage de la Bible qu'il expliquait
avec simplicité. Je ne me souviens plus des paroles prononcées
mais une pensée m'est restée dans la mémoire
: "toi qui as le privilège d'être Juif, le jour
où tu reconnaîtras ton Messie, tu découvriras
ainsi la richesse des promesses de Dieu pour tout Israël"
!
En 1942, nous avons pu échapper aux
arrestations et nous réfugier à Vevey, au bord du
Lac Léman. C'est là que j'ai fait ma Bar-Mitzva. J'avais
atteint ma majorité religieuse en accomplissant cette Mitzvah
: "Dieu dit aux enfants d'Israël
: gravez donc les paroles que je vous donne dans votre coeur et
dans votre âme ?" J'ai
prononcé les mots justes avec mes lèvres, mais mon
coeur n'a pas été instruit.
À cette époque, mon père
m'a envoyé vivre dans une famille de cultivateurs près
du lac de Neuchâtel. Ils m'ont dit qu'ils possédaient
une grande richesse dans leur maison : c'était la Bible.
Quelle surprise ! Ils ont réussi à me rendre jaloux
en me parlant de leur "trésor". Ils m'ont fait
part de leur reconnaissance envers le peuple juif : "Dieu nous
a donné la Bible par l'intermédiaire du ton peuple
: les patriarches, les rois et les prophètes d'Israël
ont été inspirés par l'Esprit de Dieu afin
de l'écrire. Plus tard, les disciples de Jésus-Christ
étaient tous juifs, ils ont rédigé le Nouveau
Testament". Mon intelligence et mon coeur furent étonnés
d'apprendre, par la bouche de cultivateurs, que Jésus est
"La Lumière promise par Dieu
pour sauver les nations et qu'Il est la gloire d'Israël, peuple
de Dieu" (Luc 2 : 32). Jaloux, je leur répliquais,
qu'eux, les chrétiens évangéliques, nous avaient
volé notre bénédiction et notre héritage.
Avec amour ils m'ont répondu qu'ils ne nous avaient en aucune
façon volé notre héritage, mais qu'ils avaient
ramassé "les miettes tombées
de la table" (Matthieu 15 : 21-28). Ils m'ont aidé
à comprendre que ma part m'attendait et qu'il me fallait
venir la chercher là où elle se trouvait.
Jésus est bien notre Messie, il est
l'accomplissement des promesses que Dieu a données à
notre père Abraham : "toutes
les familles de la terre seront bénies en ta postérité"
(Genèse 12: 1-3). De retour dans ma famille, j'ai
étudié aux Beaux-Arts à Lausanne. Pendant 8
ans, j'ai vécu uniquement pour la peinture, c'était
toute l'ambition de ma vie !
En 1954, alors que je vivais dans un petit
village sur l'île d'Ischia, une question s'est imposée
à moi : "comment connaître Dieu ?" De toute
mes forces, je me suis engagé dans cette recherche, me tournant
vers plusieurs mouvements ésotériques et philosophiques
qui m'affirmaient pouvoir me conduire sur le chemin. J'avais soif
de connaître le sens de la vie et ma place dans l'univers.
C'est alors que je suis tombé gravement malade et j'ai été
conduit dans un l'hôpital à Naples. J'avais conscience
que cette épreuve était permise par Dieu pour me donner
l'occasion de faire le bilan de ma vie et enfin, de L'écouter,
Lui seul. Je me suis alors souvenu de mes rencontres avec les chrétiens
de mon enfance: leur vie était droite et lumineuse. Et je
me suis rappelé la phrase que chacun m'avait adressée
: "toi Juif, le jour où tu invoqueras ton Messie et
où tu Le connaîtras comme ton Sauveur et ton Dieu,
sache qu'Il a le pouvoir de te délivrer : Il est Tout-Puissant,
fidèle et vainqueur. Et tu n'abandonneras pas la foi de tes
pères, bien au contraire !" Sur mon lit d'hôpital,
j'ai invoqué Le Messie d'Israël et je L'ai supplié
de me délivrer. J'ai fait le voeu de Lui appartenir, de Le
servir, s'Il pouvait briser les chaînes physiques et morales
qui me liaient.
Il l'a fait. Lorsque je pense à cette
époque de ma vie, je comprends la patience et la bonté
de notre Dieu pour chacun de nous. Dans la Bible, j'ai souligné
plusieurs passages du psaume 107 :"Louez
l'Éternel car Il est bon, ainsi disent les rachetés,
ceux qu'Il a délivrés de la main de l'ennemi. Il a
brisé les portes d'airain et rompu les verrous de fer. Il
les sauva de leurs angoisses et envoya Sa Parole pour les guérir.
Il les délivra de l'abîme".
Peu de temps après, je me suis retrouvé
convalescent, à Nancy. Au fond d'un tiroir j'ai découvert
une Bible poussiéreuse, mais personne n'était là
pour m'aider à la comprendre. Je voulais expier mes fautes
et j'étais prêt à partir en Israël pour
travailler la terre dans un kibboutz. Mais avant, j'avais eu l'occasion
de voir une affiche annonçant des études bibliques
: "Le Messie Jésus est Le Chemin,
La Vérité et La Vie" (Jean14:6). Je
suis rentré dans la salle où se tenait cette rencontre
et quelqu'un a répondu aux questions que je me posais : le
pardon, la justice ne s'obtiennent pas par nos efforts et nos oeuvres,
mais par la foi en Celui qui a donné sa vie pour nous. Comme
l'a dit Jésus : "Le Père
m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne
ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même ; j'ai le
pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la reprendre ; tel est
l'ordre que j'ai reçu de mon Père." (Jean 10
:17-18).
Un grand obstacle s'est alors dressé
sur mon chemin : la Tradition. Comment admettre que les piliers
de notre peuple, les Rabbins, les Sages, les Maîtres, aient
pu se tromper au sujet du Messie. J'avais le vertige, seul devant
ces géants? Durant plusieurs mois j'ai étudié
la Bible et les nombreux parallèles qui existent entre la
première et la nouvelle Alliance. La nuit je me relevais
pour vérifier ces textes et interroger notre Dieu. La lecture
approfondie de la Lettre aux Hébreux (Juifs Messianiques)
dans le livre de la Nouvelle Alliance (le Nouveau Testament), a
été une aide décisive.
Finalement, les nombreux textes du Tana'h,
la Bible, qui nous parlent du Messie m'ont convaincu, malgré
la Tradition et la crainte des hommes, qu'en Yéchoua (ivwy
= nom hébreu de Jésus, qui veut dire " Dieu sauve
"), l'Éternel, notre Dieu, nous rachète et nous
sauve.
Quelques temps après je suis allé
revoir ces amis chrétiens dont je vous ai parlé. Ce
fut une magnifique confirmation : un véritable chrétien
ne peut être raciste, ni antisémite, ni déloyal,
ni meurtrier, car ainsi il renierait son Maître. L'enseignement
de notre Messie indique de quelle manière doivent vivre ceux
qui veulent Le suivre : "aimez vos
ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien
à ceux qui vous haïssent. Priez pour ceux qui vous maltraitent
et qui vous persécutent. Alors vous serez fils de votre Père
qui est dans les cieux, car Il fait lever son soleil aussi bien
sur les méchants que sur les bons, Il fait pleuvoir sur les
justes comme sur les injustes". Ainsi l'on reconnaît
un arbre que Dieu a planté aux fruits qu'il porte" (Matthieu
5 : 43-48 ; 7: 15-20).
Depuis 1956, ma vie a changé et je
peux rendre témoignage que Le Messie aide, soutient et relève,
tous ceux qui L'invoquent : "L'Éternel change la terre
aride en sources jaillissantes". C'est un message d'amour pour
nos parents et nos amis, pour tout le peuple juif, comme pour toutes
les familles de la terre. Comme l'a dit Jésus : "Car
Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il
ait la vie éternelle." (Jean 3:16)
Jacques Guggenheim
Rédacteur de journal, artiste-peintre, Paris
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